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Réussir à faire partenariat est le sésame de la formation concomitante. Il ne s’agit pas, dans le cas présent, de juxtaposer des modules et des expertises, mais bien de mettre en place une collaboration effective entre différents opérateurs de formation qui chacun, ont leurs spécificités, leurs contraintes, leurs plus-values. Ensemble, ils se donnent les moyens d’écrire un modèle inédit qui les amène à faire un pas les uns vers les autres, étapes essentielles dont la somme permet au public d’avoir accès à des formations professionnalisantes prenant en compte leurs ressources, rythmes, compétences, expériences et besoins. Le temps indispensable au déploiement de cette initiative ne doit pas être sous-estimé. En effet, il s’agit de permettre un travail sur les représentations que les opérateurs ont les uns des autres, de comprendre les publics avec lesquels le processus d’apprentissage se concrétise, de réinterroger les approches méthodologiques et pédagogiques, de travailler les contenus de façon à les rendre accessibles aux adultes ne maîtrisant pas les savoirs de base en français, et ce, en mettant un accent appuyé sur les compétences utiles à l’exercice du métier. Conviction et engagement sont indispensables, car l’investissement à consentir est important, nécessite une forme de remise en question et bouscule les certitudes. Tous acceptent de quitter une zone de confort pour se lancer dans une expérience inédite, nécessairement enrichissante pour qui accepte de relever ce défi collectif.

Une des particularités des CISP est le processus d’accueil et d’accompagnement psychosocial mis en place tout au long de l’action. Avant l’entrée en formation, un premier contact, souvent téléphonique, permet l’invitation à une première rencontre avec l’agent de guidance de Lire et Ecrire Luxembourg. Ce moment a pour but de préciser et de confirmer le projet du candidat stagiaire, de questionner ses motivations, ses parcours scolaire et professionnel, d’identifier les ressources et les freins à l’entrée en formation et de lever ces derniers (garde d’enfants, coût de transport…), mais aussi de vérifier les conditions et le respect des critères administratifs. Sera également réalisé le positionnement en français, de façon à faire, avec le candidat, une photographie de ses connaissances en lecture, écriture, expression, compréhension. Un temps de réflexion est laissé au stagiaire potentiel avant la signature du contrat. Ce temps est indispensable avant l’engagement dans une formation à temps plein s’étalant sur huit mois. Avant l’entrée de plain-pied dans le processus formatif, d’autres rencontres individuelles sont organisées, si nécessaire, pour résoudre les questions en suspens et lever les freins résiduaires.

Pendant cette période d’accueil, du temps est donné aux formateurs pour travailler sur les contenus pédagogiques. Cela se fait avec l’aide et la supervision du coordinateur de projet de Lire et Ecrire Luxembourg. Chaque CISP détache un formateur de manière à mutualiser les expertises pédagogiques et méthodologiques en alphabétisation des adultes, en français langue étrangère et en remise à niveau. Ceux-ci accompagnant un groupe d’adultes présentant d’importantes disparités en termes de connaissance du français et des savoirs de base, interviennent en tandem. Un des trois formateurs est présent les deux jours de renforcement ; il est le référent. Ce modèle original est à la fois une force et un défi. En effet, chacun doit faire un pas méthodologique et pédagogique vers les autres et, toujours, garder à l’esprit, l’objectif d’optimalisation des expertises dont il est porteur, de manière à se donner les moyens de coconstruire, avec ses pairs, des contenus tenant effectivement compte des ressources, compétences, besoins des stagiaires. Cette coanimation permet, dans une dynamique pédagogique, un travail différencié et respectueux du rythme de chacun des stagiaires. C’est donc, à la fois, une complexité pour les formateurs, mais également une véritable richesse, pour eux et pour les stagiaires.

Des temps de concertation entre les formateurs des CISP, mais également avec le formateur du Forem, sont organisés, à un rythme hebdomadaire, tout au long de la formation. Ces moments de mutualisation, d’échanges, de compréhension entre professionnels permettent de travailler les savoirs de base au plus près des apprentissages pratiques que vivent les stagiaires. Ces concertations matérialisent, aux yeux des stagiaires, la collaboration et la coopération effective des opérateurs soucieux d’œuvrer de concert, avec eux, sur la route de la réussite. Des évaluations intermédiaires et finale, entre opérateurs, mais également avec les stagiaires, selon des processus privilégiant les évaluations formatives, complètent les moments de concertation. Elles permettent les ajustements indispensables sur les plans organisationnels, opérationnels et administratifs. Elles soutiennent aussi les stagiaires dans une lisibilité accrue de leur parcours d’apprentissage, dans la solidification de leurs projets professionnels et de vie.

Ces temps de concertation font donc partie intégrante de la formation et sont un ciment essentiel des formations concomitantes.

Déterminant dès l’accueil du candidat, le travail psychosocial qu’assure l’agent de guidance, se poursuit, avec les stagiaires, pendant la formation, parallèlement aux processus pédagogiques déployés. Concrètement, l’agent de guidance de Lire et Ecrire Luxembourg est un relais auprès duquel trouver le soutien nécessaire à la résolution de difficultés éventuelles (familiales, financières, administratives, de mobilité, d’hébergement, de santé…). Ainsi, les stagiaires sont-ils davantage en capacité de se consacrer pleinement à la formation. Les rencontres et échanges avec l’agent de guidance offrent l’occasion de faire le point sur le parcours formatif, de l’évaluer, parfois de remettre le projet en question et de l’ajuster. Au terme du parcours formatif, l’accompagnement se poursuit, circonscrit sur l’après-formation et la poursuite du projet du stagiaire. Des temps d’échanges associant le stagiaire, l’agent de guidance et les formateurs sont également organisés, car les démarches réalisées, les situations rencontrées et vécues demandent que les informations indispensables à la poursuite du parcours pédagogique soient mutualisées, voire que des adaptations soient apportées. Le travail de l’agent de guidance, en étroite concertation avec les pédagogues, est d’autant plus fondamental que les formations sont des lieux de vie au cœur desquels des chocs culturels issus de visions différentes de la manière de faire société peuvent se produire et déstabiliser l’individu et le groupe. Il s’agit alors de revenir sur les valeurs que défendent les opérateurs intervenant dans la formation concomitante et, si besoin, les cadres juridiques et légaux en vigueur.

Ce modèle formatif comporte plusieurs avantages. Les stagiaires, au centre du processus, en phase avec le projet concret qu’ils nourrissent, se voient avancer. Ils sont en outre reconnus comme capables d’apprentissages techniques et pratiques. Dans pareil contexte, le renforcement des savoirs de base fait sens. Or, le sens donné à la formation, aux apprentissages, au projet de la personne est un facteur essentiel de réussite.

Difficultés de mise en œuvre

Le travail partenarial est une véritable richesse, mais il faut se donner les moyens de composer avec les projets pédagogiques, valeurs et cadres institutionnels de chacun.

Autre difficulté : le financement du modèle inventé. Actuellement, à chaque nouvelle session, se pose la question des moyens. L’absence de stabilité financière et donc de perspective fragilise grandement ce type d’initiative.

Or, le modèle inédit et innovant des formations concomitantes montre à quel point le sens des apprentissages issu du lien étroit tissé entre les compétences pratiques, le stage, le projet professionnel et le renforcement des savoirs de base est déterminant. Le Résultat ? Un taux de présence élevé en formation et peu d’abandon en cours de formation. La plupart des stagiaires ayant débuté la formation ont mené leurs parcours d’apprentissage à son terme. Le soutien psychosocial et l’implication de chacun des formateurs et partenaires contribuent à cette réussite. La levée des freins en amont de la formation, la concrétisation intégrée des dimensions « métier » et « savoirs de base », l’étroite collaboration entre les formateurs, la méthodologie et les contenus de formation soutiennent la motivation, la participation active et le développement des compétences techniques et théoriques des stagiaires. En sécurité grâce à l’accompagnement individuel et au processus mis en place, soutenus par la dynamique du groupe, les stagiaires parviennent à dépasser les inquiétudes, les doutes et les difficultés, et gagnent manifestement en confiance et estime d’eux-mêmes. Des progrès significatifs au niveau des apprentissages du français, une connaissance du monde du travail, de ses exigences et de leurs droits, sont notés. Enfin, parler de réussite sur le plan de l’insertion professionnelle n’est pas galvaudé. Cette réussite est notamment liée au fait que les stagiaires se sentent davantage légitimes pour postuler en ayant en main une attestation, reconnaissance du parcours professionnalisant réalisé.

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